Le président de La Poste belge a récemment émis des doutes sur le
processus de libéralisation actuellement à l'oeuvre en Europe. Il craint
que ses futurs concurrents remplacent pour certaines tâches les facteurs
par des travailleurs indépendants, ajoutant que « ce serait fausser la
concurrence ». Ces déclarations se fondent sur une vision erronée du
processus de concurrence. C'est au contraire l'imposition de normes
sociales spécifiques au seul secteur postal qui menacerait l'ouverture
du marché en Belgique ainsi que les bénéfices que les consommateurs
peuvent en attendre.
L'ouverture des marchés postaux européens doit advenir avant 2011. De
nouvelles entreprises seront alors libres d'offrir des services de
qualité supérieure à des prix plus faibles. Les consommateurs –
entreprises comme particuliers – seront les grands gagnants de ce
processus qui pourrait bien redynamiser un marché aujourd'hui en perte
de vitesse. Néanmoins, pour que de nouvelles entreprises puissent entrer
sur le marché postal, il est nécessaire d'y supprimer l'ensemble des
barrières à l'entrée.
À cet égard, certaines législations sociales qui font augmenter le coût
du travail peuvent entraver la concurrence. Cet élément est crucial, car
les coûts salariaux peuvent représenter jusqu'à 80 pc de l'ensemble des
coûts de production du service des opérateurs postaux en Europe. Si les
consommateurs belges veulent préserver les bénéfices que l'ouverture du
marché peut leur apporter, ils doivent être particulièrement vigilants
face à l'instauration éventuelle de dispositions sociales propres à ce
seul secteur comme le souhaite le président de La Poste belge.
L'interdiction du recours à des travailleurs indépendants serait
indiscutablement une barrière à l'entrée. Un tel recours permet en effet
de faire baisser le coût du travail, pouvant ainsi favoriser l'entrée de
concurrents potentiels. L'exemple de La Poste française est intéressant
à cet égard. Le marché postal n'est pas encore libéralisé pour les plis
de moins de 50 grammes, mais le recours à des « points relais »
indépendants a permis d'améliorer fortement la rentabilité
opérationnelle de l'entreprise en milieu rural. 1500 d'entre eux ont été
installés dans des bars-tabac ou chez des commerçants. La hausse de la
rentabilité de La Poste qui en a résulté nous montre qu'un tel mécanisme
permet de contenir les coûts salariaux.
La qualité du service s'est quant à elle améliorée : les délais de
livraison ont été significativement réduits. Le taux de livraison à J +
1 pour les lettres prioritaires est par exemple passé de 65,7 pc en 2003
à 82,5 pc en 2007. La Poste belge s'est également lancée dans une telle
stratégie en installant 350 « points poste », dont plus de 50 pc chez
des commerçants. Il est donc paradoxal de voir que son président
s'oppose aujourd'hui aux formes d'emplois que son entreprise utilise
déjà et que ses futurs concurrents pourraient utiliser pour faire
baisser le coût du travail. Dans une situation de concurrence, tout
procédé permettant de diminuer le coût du travail favoriserait l'arrivée
de nouveaux entrants potentiels. À l'inverse, les menaces qui pèsent sur
la concurrence du fait de législations sociales qui augmentent le coût
du travail sont bien réelles.
Le cas de l'Allemagne est là pour l'illustrer. Dans ce pays, Deutsche
Post devait perdre le 1er janvier 2008 son monopole pour les plis de
moins de 50 grammes. Plusieurs entreprises avaient alors prévu d'entrer
sur ce marché pour proposer des services moins chers que ceux de
Deutsche Post. C'est par exemple le cas du néerlandais TNT ou de
l'allemand Pin Group. Mais l'instauration en décembre 2007 d'un salaire
minimum dans le secteur postal allemand a changé la donne. Celui-ci est
bien supérieur aux salaires qui étaient jusqu'alors pratiqués par des
entreprises comme Pin Group. Avec un tel niveau de salaire, la
rentabilité des concurrents potentiels de Deutsche Post s'est avérée
fortement compromise. Ne pouvant pas être compétitif dans un tel
contexte législatif, Pin Group a déjà supprimé, en avril dernier, plus
de la moitié de ses effectifs, soit 5760 emplois.
Les consommateurs allemands sont les grands perdants de l'instauration
d'une telle mesure sociale. Ils ne pourront pas bénéficier des nombreux
services qui leur auraient été offerts par les nouveaux entrants, qu'il
s'agisse de Pin Group ou d'autres opérateurs venant des Pays-Bas comme
TNT. Si le gouvernement belge souhaite préserver les bénéfices de
l'ouverture du marché postal à la concurrence, il doit refuser
l'instauration de législations sociales spécifiques à ce seul secteur, à
l'image du salaire postal minimum ou de l'interdiction du recours aux
indépendants. Il est primordial de comprendre qu'il s'agit d'un
protectionnisme masqué qui favorise les anciens monopoles, nuit à la
concurrence et menace in fine les bénéfices potentiels pour les
consommateurs de l'ouverture du marché postal.
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